mardi 31 décembre 2013

Noumea Mangrove de Claudine Jacques



Aux Editions « Au vent des îles »

« Nouméa Mangrove » est une fresque de la vie en Nouvelle Calédonie, mais  pas une de celles affichées dans les magazines en papier glacé des agences de voyages. Ici c’est plutôt de l’envers du décor dont il s’agit. La vie dans les squats au bord des mangroves, les règles qui régissent la communauté dans des habitations de fortune, la vie en brousse, les inégalités entre les kanaks et les blancs, les envies et jalousies suscitées par trop d’argent et d’opulence, les règlements de compte, la violence… C’est en partie cela que raconte Claudine Jacques dans cet ouvrage…  Sous fond de roman policier, elle aborde également un sujet d’actualité : la pollution de l’environnement causée par les usines de Nickel.
La construction particulière du récit et la façon dont l’auteur amène l’intrigue rend l’histoire captivante. Le début du livre un peu perturbant et difficile à suivre par la profusion  de personnages évoluant sans véritable lien entre eux, n’entache en rien l’intérêt de cette lecture puisque  au fil des pages on se laisse emporter dans les eaux troubles de la mangrove et meurtre après meurtre, apparaissent les enjeux et les liens qui unissent tous les protagonistes.
 Ce n’est qu’une fois la dernière page du livre tournée, un peu sonné, que l’on prend conscience de toute l’ampleur de l’énigme et le cloaque des eaux boueuses de la mangrove devient enfin limpide. 

lundi 25 novembre 2013

HOTEL Z d'Ivana Bodrozic


Aux éditions Actes Sud


1991, Vukovar, un frère et une sœur s’en vont en vacances sur les rives de l’Adriatique. Seuls et éloignés de leurs parents pour la première fois, ils passent quelques semaines dans une colonie de vacances.
De leurs parents, ils ne reverront que leur mère qui les rejoindra quelques semaines plus tard laissant son mari défendre leur ville prise par les forces Serbes.
Désormais personnes « déplacées », ils se réfugieront à Zagreb et seront momentanément hébergés par leur famille. Puis ballottés d’un lieu à un autre, sans appartement, ils seront finalement logés dans l’hôtel Zagorje, ancienne école des cadres du  parti. Un endroit isolé où les réfugiés s’entassent dans une affligeante promiscuité.
La narratrice, alors fillette de neuf ans au début des événements, relate les souvenirs de ce que fut sa vie dans ces temps de guerre, une lutte souvent humiliante pour tenter de vivre dignement. De sa vie entre parenthèse, dans l’attente d’un avenir meilleur, l’auteur se rappelle le manque d’argent, l’absence du père, la souffrance de sa mère et son attentisme, les reproches de son frère, le mépris des gens de la région envers les réfugiés…
La guerre prendra fin mais ce n’est que longtemps après, une fois qu’un logement leur sera attribué, que la promesse d’une vie meilleure se fera enfin sentir. Malgré les stigmates de toutes ces années et le manque d'un père, l'espoir d'une nouvelle vie à reconstruire s'annonce.
Hotel Z c’est la vision d’une enfant puis celle d’une adolescente qui a grandi trop vite et raconte avec simplicité l’exil et la survie de toute une famille meurtrie.
Ce récit touchant, poignant, bouleversant même par moment ne peut pas laisser le lecteur indifférent. A moins qu’il ne fasse preuve d’aucune compassion.



Quelques jours après la lecture de ce livre j’ai eu l’occasion de voir cet hôtel de mes propres yeux. Situés dans le village de naissance de Tito : Kumrovec, les lieux sont maintenant vides et sinistres. 

jeudi 24 octobre 2013

Petites scènes capitales de Sylvie Germain


Aux Editions Albin Michel


Cet ouvrage émouvant écrit avec beaucoup de sensibilité, retrace la vie  de Liliane, privée de son vrai prénom Barbara, qui sera durant toute sa vie en quête d’identité, de repères et de compréhension sur l’origine de son existence.
Cette petite fille, abandonnée par sa mère, contrainte de partager son père avec sa belle-mère et ses enfants, ne trouvera jamais vraiment sa place au sein de cette famille recomposée. Pourtant, malgré les malheurs, les désillusions, les attentes inassouvies, l’amour est présent, et bien que maladroit et  parfois silencieux, chacun le démontre, timidement, à sa façon.

D’une écriture délicate presque poétique, Sylvie Germain nous embarque dans la vie chaotique  de Lilie. Un destin qui aurait pu être le nôtre ou celui d’un proche si l’on était né après la guerre et si nous avions vécu Mai 68…

mardi 1 octobre 2013

Robert Mitchum ne revient pas

de Jean Hatzfeld
Aux Editions Gallimard


Mon premier ouvrage de la rentrée littéraire… Je ne suis pas du tout déçue.

1992 Sarajevo, deux athlètes de tir préparent les prochains jeux de Barcelone. Maridja d’origine Serbe, et Vahidin Bosniaque musulman, deux origines, deux religions, deux personnes qui s’aiment et seront éloignées l’une de l’autre en une soirée sans même avoir eu le temps de se dire au revoir. Impliqués malgré eux dans la guerre et forcés d’utiliser leur qualité de tireur d’élite pour intimider les forces opposées, ces deux amants seront rattrapés par la violence des événements et la versatilité des gens qui les entourent. Amis hier, ennemis aujourd’hui, manipulés par leur clan, ils deviendront les « jouets » des chefs de leur armée respective.
Les embuscades, les tirs, les snipers postés derrières des fenêtres sans vitre, les blessés, les morts,  ce spectacle de guerre désolant deviendra désormais leur quotidien. Hatzfeld le raconte simplement mais si intelligemment que l’on en arriverait presque à banaliser la vie des opprimés en état guerre… On plonge pourtant  dans le côté sordide, celui des coups montés, et des coups bas. On y découvre également le rôle des journalistes. Un récit rendu parfois fastidieux par les détails techniques des tirs, mais finalement jamais ennuyeux, tant l’auteur retranscrit les faits de façon réaliste et allège quelque peu l’histoire par les sentiments qui lient les deux principaux protagonistes.
Un ouvrage retraçant les affres de la guerre des Balkans et à fortiori par Jean Hatzfeld, mérite d’être lu.



lundi 23 septembre 2013

Le vestibule des causes perdues


De Manon Moreau

Aux Editions Delphine Montalant

Résumé de l’éditeur :

C’est l’histoire de Mara, de Robert, de Sept Lieus, d’Henrique, de Bruce, de Clotilde, de cet homme qu’on appelle le Breton, de Flora et d’Arpad. Un retraité, un joueur de guitare, un cow-boy, un exégète de Claude Simon, une brunette maigrichonne, un taiseux, une grande bourgeoise fatiguée, un gars que la vie un jour a pris pour un punching-ball. L’histoire de gens qui dans leurs existences urbaines n’avaient aucune chance de se croiser, mais qui tous, un jour, enfilent de grosses chaussures, un sac à dos et mettent le cap vers les confins de l’Espagne, le bout du monde, la fin de l’Europe : Saint Jacques de Compostelle. Sans se douter que ce chemin vieux comme les contes emporte ceux qui l’arpentent bien plus loin que ce qu’ils pouvaient imaginer.

C’est un peu l’histoire de la tour de Babel, sauf que cette fois, ce sont les hommes qui auraient eu le dernier mot.

Mon humble avis :

Il est un temps lointain où la petite fille que je fus, regardait son père réparer les bâtons et les cannes abimés des pèlerins de St Jacques passant devant notre maison. Tant d’entre eux ont franchi le pas de notre porte, certains assoiffés, d’autres fourbus par les kilomètres parcourus. Je me rappelle tous ces gens, tous ces étés, venus de loin, Belgique, Hollande, Autriche, Paris, à pied ou  à vélo. Ils cheminaient le long de la départementale 933.  Je me rappelle aussi,  l’hospitalité de mon père qui les conviait à déjeuner ou  à dîner, ou même, leur  laissait jusqu’à planter leur tente dans le jardin. Tant de cartes postales reçues de St Jacques ou d’ailleurs pour le remercier de sa générosité…

Alors forcément lorsque je me plonge dans le « Vestibule des causes perdues », je retrouve avec les pèlerins de Marion Moreau, un peu de mon enfance. Cette époque révolue où l’on prenait le temps de discuter avec des inconnus, des étrangers de passage. On ne parlait pas encore anglais mais à grands coups de gestes et de sourires, on arrivait à se comprendre. On partageait de petits moments simples mais intenses.

Au delà des souvenirs et de l’émoi que provoque cet ouvrage, j’ai le sentiment d’avoir moi-même cheminé avec chacun des protagonistes sur cette route célèbre du Puy en Velay jusqu’à Saint Jacques. J’ai souffert avec eux, ai compati à leur peine et bien que n’ayant reçu aucun « credential », je me sens désormais l’âme d’un pèlerin.
« Le vestibule des causes perdues » c’est la rencontre de personnalités différentes que rien n’aurait peut-être uni dans leur vie mais qui se retrouvent sur ce chemin chacun un peu replié sur lui-même, portant sur son dos la raison, parfois lourde, de la décision de partir. Des univers variés de personnages empêtrés dans leurs remords, leurs doutes, leurs craintes… Tous ont  pris la route pour une bonne raison, qui deviendra  une évidence au bout du parcours.

Ces marcheurs  solitaires, vont se croiser au fil des étapes, se revoir, partager leurs peines,  s’entraider, et noueront des liens qui viendront illuminer leur chemin et rendront ce voyage unique et merveilleux. Qu’importe d’où l’on soit,  qu’importe l’âge, ou le problème, que l’on parle français, espagnol, portugais ou bulgare, le but ultime est de comprendre, d’arriver, de se retrouver là-bas au bout du monde de l’Europe et de ne jamais oublier ce qui fut vécu sur ce chemin.

De sa douce écriture comme une poésie de plus de 300 pages associée à un soupçon de spiritualité, et beaucoup de tendresse, Manon Moreau fait de ce voyage  un enchantement.



 « De toute façon le chemin fait bien les choses, la vie s’applique, ceux qui doivent se trouver se trouvent, personne n’y coupe.

mardi 27 août 2013

Cherchez la femme d'Alice Ferney

Aux Editions Actes Sud

Résumé de l’éditeur :

Serge est brillant, entreprenant, narcissique. Marianne est sincère, ardente, déterminée au bonheur. Cherchez la femme raconte « l’histoire totale » de leur couple. Sous les yeux du lecteur, il se forme, s’établit, procrée, s’épanouit, subit l’épreuve du temps et la déchirure de l’infidélité…
Nos destinées affectives sont-elles libres ? De quel poids pèsent les rêves et les échecs de la génération précédente ? Quelles forces obscures (le passé, l’enfance, l’origine sociale, l’argent, la carrière professionnelle, les convictions, les valeurs) sont à l’œuvre dans la vie conjugale et menacent cet entrelacs fragile de deux solitudes engagées l’une envers l’autre ?
En forme d’étude de caractère, Cherchez la femme est un livre captivant, plein d’intelligence et d’humour, qui démonte a posteriori les mécanismes délicats d’un mariage et, ce faisant, dévoile à ses personnages les secrets de leur modeste épopée. Avec une écriture passionnée, Alice Ferney observe le stupéfiant voyage du couple, ses ravissements et ses dépressions, ses défenses et ses décompositions. Elle retrouve les mots de l’illusion et  ceux de la querelle, ceux du rapprochement et ceux de la défaite. Ceux surtout qui permettent de répondre à la question que l’état de grâce renvoie toujours aux lendemains : qu’est-ce que « s’aimer » veut dire ?

Mon avis :

J’ai découvert cet auteur avec son livre intitulé « La conversation amoureuse », et suis désormais une de ses fidèles lectrices.

Alice Ferney a la faculté de disséquer le genre humain. Elle fouille dans la vie des gens et analyse avec précision et habileté les états d’âme et les sentiments des individus.

Dans « Cherchez la femme », elle met en scène la vie d’une famille sur plusieurs générations, en sept chapitres aux titres éloquents.

Fils de Nina,
La femme de sa vie,
L’épreuve des faits,
Coup de foudre inopportun
Les meilleures choses ont une fin
Refaire sa vie
Et la mort qui sépare

Elle s’attache à nous montrer combien le poids de l’héritage familial peut impacter une vie et peser sur son avenir.
La façon dont se comportent les parents avec les enfants qu’il s’agisse d’amour ou de désamour entraîne des conséquences dans la construction de la personnalité du futur adulte.  
Elle décrit encore avec une étonnante lucidité les séquelles dues à l’éducation que l’on reçoit, la difficulté de s’en extraire si tant est que l’on se rende vraiment compte des conséquences qu’elles entraînent.

Ce livre confirme  à nouveau cet incroyable talent d’introspection de l’humain, écrit avec élégance dans un style irréprochable.


mardi 20 août 2013

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson

Cet écrivain voyageur nous embarque dans sa retraite sur les rives du lac Baïkal où durant six mois, il a fui le monde  pour expérimenter une vie de solitude au cœur de la forêt Sibérienne dans une simple cabane en bois.
Avec ses chiens pour tout compagnon, quelques caisses de Vodka et la présence occasionnelle de mésanges et d’ours, Sylvain Tesson a vécu replié sur lui-même. Ce fut une véritable communion avec la nature puisqu’il lui a fallu pour survivre, tirer l’eau du fleuve, pécher pour se sustenter et couper du bois pour se chauffer. Ses journées ont défilé  au rythme  d’une horloge naturelle celle de l’aurore et du crépuscule. Riche d’une grande quantité de livres qu’il a fait suivre de France, il a passé la majorité de son temps, à la lecture de ces ouvrages pour comprendre le monde qui l’entoure.
Dans l’isolement de la Sibérie, Sylvain Tesson se livre à une introspection et se libère du superflu, loin de toute pollution mercantile, visuelle et sonore.
Il faut beaucoup de courage pour vivre un tel isolement. Je l’envierais presque si le projet ne me paraissait pas si fou. Quelques lecteurs ont rapporté que Tesson n’envoyait aucun message précis à travers ce livre mais seulement la description de son quotidien. Je pense, au contraire,  qu’il met en exergue la superficialité de nos vies, leur manque d’intérêt, notre urgence à tout vivre vite, à consommer à outrance et sans plaisir.
Peut-être voulait-il simplement nous amener à nous rappeler que l’essentiel n’est pas ce que nous croyons.
Un poète rêveur, un brin utopiste, dont la narration appelle à la méditation. Un livre que je lirai à nouveau avec plaisir.

Quelques extraits :

 « C’est fou ce que l’homme accapare l’attention de l’homme. La présence des autres affadit le monde. La solitude est cette conquête qui vous rend jouissance des choses. »
« L’éventail des choses à accomplir est réduit. Lire, tirer de l’eau, couper le bois, écrire et verser le thé deviennent des liturgies. En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse. »
« C’est le soir, il est 9 heures, je suis devant la fenêtre. Une lune timide cherche une âme sœur mais le ciel est vide. Moi qui sautais au cou de chaque seconde pour lui faire rendre gorge et en extraire le suc, j’apprends la contemplation. Le meilleur moyen pour se convertir au calme monastique est de s’y trouver contraint. S’assoir devant la fenêtre le thé à la main, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l’idée qui passe, la jeter sur le carnet de notes. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir. »
« A Paris, je ne m’étais jamais trop penché sur mes états intérieurs. Je ne trouvais pas la vie faite pour tenir les relevés sismographiques de l’âme. Ici, dans le silence aveugle, j’ai le temps de percevoir les nuances de ma tectonique propre. Une question se pose à l’ermite : peut-on se supporter soi-même ? »
« L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. »



samedi 10 août 2013

Le dîner de Herman KOCH


Aux Editions 10/18 
et aux Editions Belfond

Sordide…. C’est le premier mot qui m'est venu à l’esprit lorsque j’ai refermé ce livre. Une histoire qui dérange et dont les protagonistes aux personnalités troublantes indisposent le lecteur.
Herman Koch nous entraine dans un thriller psychologique au cours d’un dîner dans un restaurant branché d’Amsterdam. Deux frères aux tempéraments radicalement différents se donnent rendez-vous pour discuter du sort de leur progéniture. Si les conversations au début du dîner sont légères et sans consistance, celles de la fin sont moins anodines. L’issue est inéluctable,  il faut aborder le sujet qui a motivé ce dîner. Un drame… Un drame commis par leurs deux enfants.

L’auteur dévoile les turpitudes de ces deux familles, et le dîner devient  la scène de théâtre d’un déballage de mensonges, de mesquineries et de faux semblants sur leur vie et celle de leurs enfants.
Si Serge est rongé par l’ambition, Paul, ne l’est que par la violence latente qui couve chez lui. Ces deux frères que tout oppose  vont devoir composer pour sauver leurs fils respectifs d’un acte de violence, sans soupçonner un instant que le fils adoptif de Serge mène la danse à leur insu.
Paul  le cynique violent et Serge l’ambitieux  égoïste se retrouvent dans la même galère et pourtant leurs réactions  sont à l’imagine de leur personnalité : en parfaite opposition.

Cet ouvrage nous amène à nous interroger sur  ce que nous ferions pour protéger les nôtres contre l’opinion publique et la prison. Jusqu’où serions-nous capables d’aller pour sauver nos proches? Entre justice et amour que choisirions-nous ?

Beaucoup de noirceur dans ce livre. Noirceur et bassesse de l’homme. Une histoire qui fait froid dans le dos, mais qui mérite d’être lue. 

jeudi 18 juillet 2013

L'île des oubliés de Victoria Hislop

Aux Editions Les Escales et en  Livre de Poche


Alexis s’est toujours interrogée sur le silence de sa mère autour de sa famille et de ses origines. Si pendant des années elle fut confrontée à un refus catégorique de s’exprimer sur le sujet, aujourd’hui,  elle s’est mise en quête de la vérité. Alors qu’elle émet des doutes sur son propre avenir, Alexis décide lors d’un voyage en Grèce de terminer son périple par Plaka en Crête, berceau de sa famille maternelle, et  d’essayer de lever le voile sur le passé trouble qui l’entoure.  
Durant ce séjour et grâce aux souvenirs racontés par une vieille amie de la famille, elle comprendra enfin l’histoire de ces grands-parents et arrières grands-parents. Elle découvrira notamment le lien qu’il y eut  entre  eux et l’île de Spinalonga, petit bout de terre où les lépreux vivaient en reclus.
Victoria Hislop, décrit avec précision la vie des Crétois en général et celle des habitants de Spinalonga en particulier, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale. Elle évoque la frayeur et la honte que suscitait la lèpre auprès des habitants dont la méconnaissance des causes et des effets reléguait les lépreux dans l’oubli.
Pourtant leur vie continuait à Spinalonga. Une vie très organisée où les petits bonheurs de la communauté venaient égayer leur crainte de la mort, jusqu’à ce que les prémices d’un remède engendrent les premières lueurs d’espoirs et mettent définitivement fin à l’exil des malades.

L’île des oubliés, c’est avant tout une fresque familiale sur plusieurs générations dont la trame se joue entre Londres, Plaka et la petite île des bannis. C’est l’incontournable livre à acheter pendant les vacances. C’est celui qui vous embarquera dans une histoire rythmée que vous lirez d’une traite et que vous quitterez à regret.

mardi 2 juillet 2013

Suzanne aux yeux noirs



De Manon Moreau
Aux Editions Delphine Montalant


Résumé de l’éditeur :

C’est l’histoire d’un marin amoureux d’une Marie. Des Suzannes aux yeux noirs semées dans les jardins. Deux cent deux peupliers, la lumière de Brémeuse, une naissance dans la nuit.
C’est une histoire de sœurs, de fils, de pères, d’autre encore, Théodore, Gianna, Marcello, Céleste, Rachel, Samuel, Betty. Et Ondine, se souviendra-t-elle de la rivière ?

Mon humble avis :

Je ne suis habituellement pas une grande fanatique de nouvelles. Pourtant cette année c’est le deuxième recueil que je lis et tout comme le premier, celui-ci m’a beaucoup plu.
Suzanne aux yeux noirs c’est un livre de dix-huit histoires, des chroniques de la vie de tous les jours, sur des sujets variés, certains légers, d’autres plus graves. C’est d’une écriture pleine de sensibilité et de finesse que Marion Moreau rédige ces tranches de vies. Elle y parle d’amour, d’amitié, de rupture, de départ, d’enfants, de solitude, d’histoires de famille. On y trouve également des références aux rives de la Garonne, au mascaret, à une forêt de peupliers, le tout raconté de façon poétique afin que le lecteur se laisse emporter dans ses propres rêves.  


Mes préférences vont vers » Jaurès », » les limbes » et surtout « le bouquet » dont je vous livre deux courts extraits :

« C’est ainsi depuis vingt-trois ans. De bonne heure le matin de mon anniversaire on sonne à ma porte, j’ouvre, ce sont des fleurs, ses fleurs.
Vingt-trois ans, pas une année sans fleurs, et pourtant chaque fois je suis surprise, je me demande encore qui sonne à la porte, des fleurs pour moi, et de qui ? Le livreur hausse les épaules, quelle boutique, quel fleuriste alors vous envoie ? Le petit mot fixé par une fine épingle, là, madame, je ne peux pas vous en dire plus, enfin si, elles viennent de Montrouge.
Montrouge, bien sûr, Montrouge.
Je me souviens alors que c’est elle, ce bouquet, un gros bouquet rose et blanc, énorme et délicat, débordant. Elle a comme chaque année dévalisé le fleuriste, je la devine le matin même choisissant avec soin et autorité des brassées de roses, de freesias et de renoncules, du feuillage mais pas trop, débordant et discipliné, nous ne sommes pas à un paradoxe près.
Oui chaque année je suis surprise, je ne m’y habitue pas, toute cette délicatesse livrée chez moi de bon matin, comme une bouffée d’élégance et de mélancolie, des souvenirs déguisés en tiges, en pétales et en feuilles, c’est elle qui entre dans ma maison, c’est elle qui prend place dans mon salon, sur la petite table de brocante envahie par ce bouquet trop gros. Dans l’enveloppe, quelques mots de sa main : « je t’embrasse, bon anniversaire, pensées… » Peu de mots, juste de quoi m’assurer que c’est encore elle, le coup du bouquet. »

 « Pas une année elle ne m’a oubliée. Pas une année sans fleurs. Les montagnes peuvent s’écrouler dans la mer, tout, n’importe quoi, elle pense à moi, on sonne à la porte, c’est le matin, soudain j’ai vingt ans. Chaque année j’ai vingt ans.
Nous nous voyons de moins en moins. Une fois l’an peut-être. Si l’on compte le bouquet d’anniversaire, deux rendez-vous par an.
La dernière fois, une terrasse au soleil, en décapsulant la bouteille le serveur a lâché : c’est fou comme votre fille vous ressemble.
Que répondre à cela.
Je ne suis pas sa fille ?
Ce n’est pas ma mère ?
Elle a une belle-fille, une vraie, ravissante au bras de son fils.
Et je suis la belle-fille d’une autre femme.
C’est juste que nous ne sommes pas prévues dans le dictionnaire.
Une anomalie. Quelque chose qui ne se fait pas. Une douce folie.
Elle et moi.
Elle a levé les yeux vers le serveur. Lui a souri.
Oui, elle me ressemble, n’est-ce-pas ?
N’est-ce-pas. »


mercredi 26 juin 2013

Une visite surprise de Claudie Pernusch


Aux Editions Belfond

Le seul fait de savoir que la trame se déroule à Soulac m’a suffi à acheter cet ouvrage. Si le sujet de fond est grave l’histoire elle-même reste légère…

Ces quelques pages, lues d’une traite, m’ont ramené avec plaisir vers ces lieux bien connus du Médoc. On y parle de grands crus, de gastronomie, de pibales, de dunes, d’oyats…Qu’on ne s’y trompe pas on est bien dans la région de Soulac et si l’on ne le savait pas déjà, on comprend que, comme beaucoup d’entre nous,  cette terre est chère à l’auteur.
De ce point de vue-là, je ne suis pas déçue… Quant à l’histoire c’est un autre débat.

Paulin la quarantaine, ancien professeur de mathématiques reconverti en commerçant coule une vie paisible et sans surprise dans son village natal.
Bientôt sa tranquillité sera mise à mal par une nouvelle déconcertante ; il est le père d’une fillette de neuf ans.
Or, il n’y a pas de place dans sa vie et surtout dans celle de sa compagne pour cette gamine. Son refus est catégorique, il ne souhaite pas rencontrer la petite Hermine. C’est sans compter l’opiniâtreté de cet enfant dont le but est l’exact opposé de celui de Paulin.
Après bien des déboires et des déconvenues, il finira par croiser la route de celle qu’il nommera désormais « sa fille ».

L’histoire est agréable et rythmée mais le style d’écriture l’est  un peu moins à goût. Cependant il faut reconnaître que Claudie Pernusch excelle dans la construction de ses dialogues qui sonnent justes, notamment dans ceux d’Hermine.
Le livre aborde en réalité deux sujets ; le principal,  la quête d’un père par une petite fille et le secondaire, l’amour d’un homme pour une femme enfant égoïste, traumatisée par une enfance perturbée. Si le premier sujet est touchant et attendrissant le second ne semble être là que pour donner une dimension supplémentaire au refus de Paulin d’être père. Cette  relation amoureuse dépeinte tout au long du livre par  une envie récurrente de Paulin de faire l’amour à sa belle, n’apporte que peu d’intérêt à l’histoire, si ce n’est une touche érotique qui revient régulièrement.

Pour être fidèle à ce que je pense, à savoir une histoire est souvent ressentie différemment par les lecteurs… Bien heureusement ! Vous trouverez avec les liens ci-dessous, deux  commentaires de blogueurs dont les avis diffèrent du mien.
ou


Bonne lecture !

samedi 8 juin 2013

La vérité sur l'Affaire Harry Québert


de Joël Dicker
Aux Editions de Fallois/L'Age d'Homme

Résumé de l'éditeur :
A New-York, au printemps 2008, alors que l’Amérique bruisse des prémices de l’élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain  à succès, est dans la tourmente : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre à son éditeur d’ici quelques mois.
Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son mai et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.
Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il faut l’objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions. Qui a tué Noel Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?
Sous ses airs de thriller à l’américaine, la Vérité sur l’Affaire Harry Québert est une réflexion sur l’Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.


Mon avis:

Si je m’étais arrêté à quelques chroniques lues sur la toile, je n’aurais pas acheté ce livre, et je serais passé à côté d’un bon roman, d’une histoire ficelée, d’un d’ouvrage que l’on ne repose qu’une fois  la dernière page tournée. Il est en effet de ce genre de livre qu’on lit d’une traite sans s’arrêter et de celui où l’on quitte l’histoire et ses personnages à regret.
Il est question d’un jeune écrivain célèbre en panne d’inspiration et d’un autre écrivain non moins célèbre qui fut son professeur et mentor durant sa période universitaire. Il est aussi question d’amour, de trahison… Je pourrais parler longuement de l’histoire et de ses multiples rebondissements, de la liaison passionnelle qu’entretenait le professeur avec la victime, de l’intrigue, du suspens, du fait qu’à chaque fois que l’on pense tenir un coupable, un nouvel élément vient contrecarrer notre hypothèse rendant l’histoire captivante. Mais il est inutile d’en dévoiler plus que le résumé ne le fait déjà pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte.

La description faite de la nature de l’écrivain lui-même et du rapport qu’il entretient avec son entourage et notamment avec son éditeur, donnent un intérêt supplémentaire à la lecture de ce roman.
Un troisième point intéressant à soulever, même s’il a été très décrié par quelques chroniqueurs et blogueurs ; c’est la façon dont Dicker endosse l’habit  d’un auteur américain pour structurer son livre et son histoire. Il décrit l’ambiance de ces petites villes américaines, éloignées des grandes métropoles, dont les habitants  aux rêves inassouvis, déçus et aigris par l’immobilisme de leur vie, suscitent à la fois attrait et dégoût.  Le poids des commérages et des indiscrétions, tout y est dépeint avec habilité et crédibilité.

Joel Dicker a été vivement critiqué pour son style dans cet ouvrage et c’est dommage car comme l’a très justement dit Monsieur de Fallois, son éditeur, lors d’une interview pour le Figaro :
"La première qualité d'un romancier est de savoir captiver le public. C'est un don rare", et il a rajouté "le style doit s'effacer derrière l'histoire". "Dans le roman, le style n'est pas une fin en soit. Ce qu'il faut c'est être vivant..."

Je suis parfaitement d’accord avec Monsieur de Fallois,  je me suis laissé emporter par l’histoire de Monsieur Harry Québert, de la première à la dernière page. Et n’en déplaise aux puristes,  j’ai passé un très agréable moment.

Propos de Monsieur Bernard de Fallois recueillis sur le site du Figaro/livres, cliquez sur le lien ci-dessous :



lundi 27 mai 2013

Demain j'arrête ! de Gilles Legardinier


Aux Editions Pocket


Si la sécurité sociale n’accusait pas déjà un lourd déficit, j’aurais suggéré que ce livre soit remboursé au même titre qu’une prescription d’anxiolytiques.
Blague à part, je suis certaine  de l’effet bénéfique de l’ouvrage pour les lecteurs dont le moral est en berne.
Julie, jeune femme attachante de 30 ans mène une vie presque routinière entourée de ses amis, dans une petite ville de province. Mais sa vie tranquille commence à l’ennuyer, jusqu'au jour où, un nouveau voisin emménage dans son immeuble. Son quotidien va alors être bouleversé par l’arrivée de ce jeune homme et elle multipliera les bourdes et les gaffes pour tenter de le séduire.
Frais, léger, et drôle, doté d’une histoire sympathique et d’un « happy end », ce petit ouvrage fait partie des incontournables qui apportent de l’humour, de la joie, et de la légèreté dans la vie des lecteurs. « Demain j’arrête », est un remède contre la morosité et dans cette période économique et sociale compliquée,  il est d’utilité publique de lire ce livre.

Un ouvrage à mettre dans son sac pour les vacances, si vous avez résisté jusque-là…

mercredi 15 mai 2013

La première chose qu'on regarde - Grégoire Delacourt


Aux Editions J.C Lattès


Le plaisir que j’avais pris à lire « La liste de mes envies » était encore très frais dans mon esprit. Aussi étais-je persuadée qu’il en irait de même pour ce nouvel opus. Hélas, ce fut une énorme déception.  
Arthur jeune garagiste, maladroit avec les filles, voit un soir sa vie basculer avec l’arrivée impromptue de la belle Scarlett Johansson.
Lui le timide, le réservé, va vivre une belle histoire d’amour avec le sosie de la jeune actrice. Pourtant leur idylle ne durera qu’une semaine.
S’il est plutôt flatteur de ressembler à Scarlett, on n’imagine mal qu’au quotidien cela puisse aussi être vécu comme un enfer. Et pourtant…
Le sujet de fond est intéressant, l’ennui c’est qu’il n’a été traité que très superficiellement. L’histoire manque de relief et les propos de  profondeur  pour rendre le récit captivant.
De plus,  les références systématiques aux livres de Jean Follain ainsi que celles trop nombreuses entre parenthèses ou en italiques ne facilitent pas la lecture de ce livre.

lundi 29 avril 2013

VOYAGES de Herbjorg Wassmo



Aux éditions Gaïa


Avant même d’être conquise par le résumé, mon œil avait été attiré par la couverture et la couleur sanguine des pages, caractéristiques des Editions Gaïa.
Je ne m’attendais pas à acheter un recueil de nouvelles, puisque c’est bien de cela dont il s’agit en réalité. Quatre petites histoires pour lesquelles les protagonistes de chacune, s’évadent  dans un voyage intérieur entre souvenir et nostalgie.

De la première à la dernière nouvelle, il est question de départ, d’absence, d’accident ou de mort. L’auteur met en exergue,  avec des mots simples, les émotions et les souvenirs qui nous submergent lorsque un être s’en va, quelle que soit la raison de ce départ. Et de ces départs découle l’absence, l’absence de l’autre, de celui ou de celle dont on se rappelle avec du vague à l’âme.

Herbjorg Wassmo réalise une vraie prouesse rédactionnelle dans sa façon de suggérer l’histoire.  Cependant si le récit, tout en  suggestion,  est agréable à lire,  il est aussi indispensable au lecteur d’être très attentif à bien suivre le fil afin d’en comprendre le sens.
 Bien sûr, le thème émergent est assez lugubre, et il faut être prêt moralement à apprécier l’ouvrage.

C’est le premier livre que je lis de cet auteur mais ce n’est certainement pas le dernier.

« C’est incroyable comme tout va mieux quand on est optimiste ».

« Il n’y avait pas eu beaucoup de désirs dans ma vie. Plutôt des nostalgies. Les désirs, il faut les assouvir, tandis que les nostalgies, on peut les conserver comme des sachets d’épices dans un tiroir. L’arôme s’en dégage chaque fois qu’on ouvre le tiroir. Le parfum ne disparaît que progressivement. Et le jour où il a disparu quand on ouvre le tiroir, on ne s’en aperçoit même pas.
Les désirs par contre !

lundi 22 avril 2013

JE VAIS MIEUX



de David Foenkinos 
aux éditions Gallimard


Si je compare avec les derniers ouvrages que je viens de lire, ce livre me paraît un peu fade. Et pourtant je suis sûre que certains se reconnaîtront dans le récit de Foenkinos.

Qui n’a pas éprouvé des douleurs dans son corps sans jamais en connaitre l’origine ?
Qui ne s’est pas effondré un soir en rentrant du travail le corps soumis aux pires souffrances ? Échafaudant alors les hypothèses les plus folles…
Le stress, le travail, le couple, … Une somme de choses qui empoisonnent votre vie au point de s’oublier, de se malmener. Les douleurs, telles des sonnettes d’alarme retentissent dans votre corps… Ordonnant une pause, peut-être plus de clairvoyance et au final une vie plus saine. Voilà ce dont traite le livre de David Foenkinos.

Le héros de ce récit, subissant d’horribles douleurs,  recourra à toutes sortes de remèdes plus ou moins conventionnels. De galères professionnelles en galères familiales, de rendez-vous médicaux en rendez-vous amoureux, il réussira cependant à identifier, au bout d’une longue quête, les causes de ses maux.  

Certes ce livre est léger, mais il a l’avantage de se lire vite et surtout, il permet à chacun de s’approprier l’histoire facilement. 


dimanche 14 avril 2013

Le Cimetière des Hirondelles de MALLOCK


Aux éditions Fleuve Noir

Le Cimetière des Hirondelles, c’est tout d’abord un voyage entre La République dominicaine et Paris. Mais il n’est pas question de  belles plages vantées par les brochures touristiques, il s’agit plutôt de l’envers du décor et de l’histoire d’un homme qui  va, sans aucune raison apparente, effectuer des milliers de kilomètres pour tuer un vieillard qu’il ne connait pas. Ici commence alors le récit d’une troublante tragédie vieille de plus de soixante ans.

Que ce soit par l’histoire fouillée et bien ficelée,  par ses rebondissements, son vocabulaire choisi, l’humour que l’auteur apporte par petites touches dans son ouvrage, par les métaphores qu’il utilise, ou encore par le côté irrationnel qui fait voler en éclat nos certitudes, les rebondissements de cette sombre affaire ne laisseront pas le lecteur indifférent.
Je ne le qualifierais pas de polar, pas plus que de thriller ce serait trop réducteur, c’est selon moi un excellent roman littéraire policier qui le rend d’autant plus intéressant par la personnalité qui se dégage de ce commissaire Mallock. 

Car au-delà de l’intrigue, l’auteur  nous embarque dans l’univers de Mallock. Celui d’un passé entaché d’un drame pour lequel il souffre en silence, celui d’un être sensible,  ours au cœur tendre. Celui encore, d’un épicurien aimant la bonne chère, les cigares et le Lagavulin.

Et  lorsque l’on a la chance de croiser la route de l’auteur, on devine à son accueil chaleureux et son sens de l’humour  que le héros du livre et l’auteur ne sont qu’un,  pour preuve :  Amédée Mallock (de son vrai nom J.-D. Bruet-Ferreol) est à la fois le nom d’emprunt de l’auteur et celui de son commissaire.

Alors s’il faut encore le préciser, oui je suis séduite par cet ouvrage. L’ennui, c’est le sentiment de solitude qui nous envahit, lorsque la dernière page d’un livre que l’on a vraiment aimé, est tournée. Il ne reste plus qu’à attendre maintenant avec impatience le prochain opus. Et l’impatience est d’autant plus grande lorsque l’on sait que la trame se déroulera à proximité du Bassin !


mardi 2 avril 2013

LA THEORIE DE L'INFORMATION - Aurélien Bellanger




Aux Editions Gallimard

Alors que depuis quelques jours les médias s’enflamment sur la future école d’informaticiens  créée par Xavier Niel, moi je termine fort à propos "La Théorie de l’Information".  Ce livre a été l’un des événements marquants de la rentrée littéraire de septembre 2012.
Je me suis tout à d’abord replongée avec beaucoup de plaisir dans l’aire du minitel, époque fantastique de mon adolescence où les avancées technologiques promettaient un avenir radieux à tous les geeks en herbe.
J’ai revécu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir nostalgique,  la genèse de l’aire télématique et informatique puis enfin l’épopée numérique de ces trente dernières années. Si le début du livre était prometteur, la fin me laisse un peu perplexe. Entre les aspects  économiques,  philosophiques, romanesques, scientifiques et même parfois mystiques, abordés dans cet ouvrage, je m’y perds un peu. Je ne sais plus vraiment que retenir, si ce n’est peut-être l’histoire de la vie mouvementée du personnage principal, Pascal Ertanger, dont le parcours ressemble étrangement à celui de Xavier Niel.
Entrevoir ce que fut la vie de ce trublion de l’informatique, autodidacte et avant-gardiste, allège un peu la lecture de cet ouvrage.
E.D

dimanche 24 mars 2013

STONER




de John William

Traduit par Anna Gavalda

Aux Editions  « J’ai Lu »

1910… Rien ne laissait supposer que ce jeune homme un peu rustre, renfermé, issu du monde rural, n’ayant jamais quitté son village natal, se retrouverait à l’université du Missouri pour y étudier l’agronomie. Rien ne laissait supposer non plus,  qu’il abandonnerait très vite ses études agricoles pour devenir professeur de littérature.

C’est au cours de ce cursus universitaire que Stoner se prit d’une véritable passion pour la littérature et son histoire. Dès lors, sa vie entière sera vouée à sa passion des mots, des écrits et de leurs écrivains.
Lui l’étudiant simple et réservé,  peu à l’aise en société, découvrira la difficulté de la vie de professeur au sein de l’université. Les rivalités, les coups bas de certains collègues et le rôle politique qu’ils endossent, le déstabiliseront jusqu’à lui faire perdre son étiquette de brillant professeur.
Rien ne l’empêchera cependant de conserver la même exaltation face à ses élèves et d’aller au bout de la mission dont il a fait son but, celle de faire vivre la littérature auprès des générations futures jusqu’à ce que la mort l’emporte.

Un très beau livre. Une chance qu’Anna Gavalda ait choisi de le traduire.

E.D

mardi 19 mars 2013

LA SALAMANDRE de Jean Christophe Rufin




Aux Editions Folio

Nombreux sont les livres qui m’ont marqué mais la Salamandre fait partie de ceux que je relis pour la deuxième fois et dont l’impact reste aussi fort qu’à la première lecture. L’écriture de Jean Christophe Rufin y est certainement pour beaucoup mais l’histoire de l’héroïne est bouleversante au point d’essayer de se mettre à la place de cette victime qui pourtant, à aucun moment du récit, ne se considère comme telle.
Catherine, âgée de 46 ans, vit dans la solitude d’un univers confortable mais routinier. Sa vie rangée, accès sur le travail, exclut toute forme d’amusement. Obligée par sa Direction de prendre quelques jours de congés, elle s’envole pour le Brésil alors qu’elle n’a presque jamais voyagé.
Pendant un mois de vacances, elle va découvrir un univers différent où le rythme, la culture et les coutumes s’opposent totalement à ce qu’elle a toujours connu. La plage, le farniente, les gigolos, dont l’un d’entre eux lui fera tourner la tête, font dorénavant partie de son nouveau quotidien. Bien que pensant mener la danse, elle tombera dans les filets de cet être vil, au point d’y perdre toute dignité. Est-ce son trop grand manque d’amour ou la fadeur de son existence qui la poussera toujours plus vers Gilberto? Est-ce l’amour véritable qu’elle lui voue ou le sentiment d’exister vraiment pour la première fois de sa vie qui  la mènera à se faire humilier et mutiler sauvagement ? Sans regretter sa vie « d’avant », bien que ruinée et malgré les stigmates des atrocités subies, elle se sentira désormais libre dans sa nouvelle terre d’adoption.