mardi 1 octobre 2013

Robert Mitchum ne revient pas

de Jean Hatzfeld
Aux Editions Gallimard


Mon premier ouvrage de la rentrée littéraire… Je ne suis pas du tout déçue.

1992 Sarajevo, deux athlètes de tir préparent les prochains jeux de Barcelone. Maridja d’origine Serbe, et Vahidin Bosniaque musulman, deux origines, deux religions, deux personnes qui s’aiment et seront éloignées l’une de l’autre en une soirée sans même avoir eu le temps de se dire au revoir. Impliqués malgré eux dans la guerre et forcés d’utiliser leur qualité de tireur d’élite pour intimider les forces opposées, ces deux amants seront rattrapés par la violence des événements et la versatilité des gens qui les entourent. Amis hier, ennemis aujourd’hui, manipulés par leur clan, ils deviendront les « jouets » des chefs de leur armée respective.
Les embuscades, les tirs, les snipers postés derrières des fenêtres sans vitre, les blessés, les morts,  ce spectacle de guerre désolant deviendra désormais leur quotidien. Hatzfeld le raconte simplement mais si intelligemment que l’on en arriverait presque à banaliser la vie des opprimés en état guerre… On plonge pourtant  dans le côté sordide, celui des coups montés, et des coups bas. On y découvre également le rôle des journalistes. Un récit rendu parfois fastidieux par les détails techniques des tirs, mais finalement jamais ennuyeux, tant l’auteur retranscrit les faits de façon réaliste et allège quelque peu l’histoire par les sentiments qui lient les deux principaux protagonistes.
Un ouvrage retraçant les affres de la guerre des Balkans et à fortiori par Jean Hatzfeld, mérite d’être lu.



lundi 23 septembre 2013

Le vestibule des causes perdues


De Manon Moreau

Aux Editions Delphine Montalant

Résumé de l’éditeur :

C’est l’histoire de Mara, de Robert, de Sept Lieus, d’Henrique, de Bruce, de Clotilde, de cet homme qu’on appelle le Breton, de Flora et d’Arpad. Un retraité, un joueur de guitare, un cow-boy, un exégète de Claude Simon, une brunette maigrichonne, un taiseux, une grande bourgeoise fatiguée, un gars que la vie un jour a pris pour un punching-ball. L’histoire de gens qui dans leurs existences urbaines n’avaient aucune chance de se croiser, mais qui tous, un jour, enfilent de grosses chaussures, un sac à dos et mettent le cap vers les confins de l’Espagne, le bout du monde, la fin de l’Europe : Saint Jacques de Compostelle. Sans se douter que ce chemin vieux comme les contes emporte ceux qui l’arpentent bien plus loin que ce qu’ils pouvaient imaginer.

C’est un peu l’histoire de la tour de Babel, sauf que cette fois, ce sont les hommes qui auraient eu le dernier mot.

Mon humble avis :

Il est un temps lointain où la petite fille que je fus, regardait son père réparer les bâtons et les cannes abimés des pèlerins de St Jacques passant devant notre maison. Tant d’entre eux ont franchi le pas de notre porte, certains assoiffés, d’autres fourbus par les kilomètres parcourus. Je me rappelle tous ces gens, tous ces étés, venus de loin, Belgique, Hollande, Autriche, Paris, à pied ou  à vélo. Ils cheminaient le long de la départementale 933.  Je me rappelle aussi,  l’hospitalité de mon père qui les conviait à déjeuner ou  à dîner, ou même, leur  laissait jusqu’à planter leur tente dans le jardin. Tant de cartes postales reçues de St Jacques ou d’ailleurs pour le remercier de sa générosité…

Alors forcément lorsque je me plonge dans le « Vestibule des causes perdues », je retrouve avec les pèlerins de Marion Moreau, un peu de mon enfance. Cette époque révolue où l’on prenait le temps de discuter avec des inconnus, des étrangers de passage. On ne parlait pas encore anglais mais à grands coups de gestes et de sourires, on arrivait à se comprendre. On partageait de petits moments simples mais intenses.

Au delà des souvenirs et de l’émoi que provoque cet ouvrage, j’ai le sentiment d’avoir moi-même cheminé avec chacun des protagonistes sur cette route célèbre du Puy en Velay jusqu’à Saint Jacques. J’ai souffert avec eux, ai compati à leur peine et bien que n’ayant reçu aucun « credential », je me sens désormais l’âme d’un pèlerin.
« Le vestibule des causes perdues » c’est la rencontre de personnalités différentes que rien n’aurait peut-être uni dans leur vie mais qui se retrouvent sur ce chemin chacun un peu replié sur lui-même, portant sur son dos la raison, parfois lourde, de la décision de partir. Des univers variés de personnages empêtrés dans leurs remords, leurs doutes, leurs craintes… Tous ont  pris la route pour une bonne raison, qui deviendra  une évidence au bout du parcours.

Ces marcheurs  solitaires, vont se croiser au fil des étapes, se revoir, partager leurs peines,  s’entraider, et noueront des liens qui viendront illuminer leur chemin et rendront ce voyage unique et merveilleux. Qu’importe d’où l’on soit,  qu’importe l’âge, ou le problème, que l’on parle français, espagnol, portugais ou bulgare, le but ultime est de comprendre, d’arriver, de se retrouver là-bas au bout du monde de l’Europe et de ne jamais oublier ce qui fut vécu sur ce chemin.

De sa douce écriture comme une poésie de plus de 300 pages associée à un soupçon de spiritualité, et beaucoup de tendresse, Manon Moreau fait de ce voyage  un enchantement.



 « De toute façon le chemin fait bien les choses, la vie s’applique, ceux qui doivent se trouver se trouvent, personne n’y coupe.

mardi 27 août 2013

Cherchez la femme d'Alice Ferney

Aux Editions Actes Sud

Résumé de l’éditeur :

Serge est brillant, entreprenant, narcissique. Marianne est sincère, ardente, déterminée au bonheur. Cherchez la femme raconte « l’histoire totale » de leur couple. Sous les yeux du lecteur, il se forme, s’établit, procrée, s’épanouit, subit l’épreuve du temps et la déchirure de l’infidélité…
Nos destinées affectives sont-elles libres ? De quel poids pèsent les rêves et les échecs de la génération précédente ? Quelles forces obscures (le passé, l’enfance, l’origine sociale, l’argent, la carrière professionnelle, les convictions, les valeurs) sont à l’œuvre dans la vie conjugale et menacent cet entrelacs fragile de deux solitudes engagées l’une envers l’autre ?
En forme d’étude de caractère, Cherchez la femme est un livre captivant, plein d’intelligence et d’humour, qui démonte a posteriori les mécanismes délicats d’un mariage et, ce faisant, dévoile à ses personnages les secrets de leur modeste épopée. Avec une écriture passionnée, Alice Ferney observe le stupéfiant voyage du couple, ses ravissements et ses dépressions, ses défenses et ses décompositions. Elle retrouve les mots de l’illusion et  ceux de la querelle, ceux du rapprochement et ceux de la défaite. Ceux surtout qui permettent de répondre à la question que l’état de grâce renvoie toujours aux lendemains : qu’est-ce que « s’aimer » veut dire ?

Mon avis :

J’ai découvert cet auteur avec son livre intitulé « La conversation amoureuse », et suis désormais une de ses fidèles lectrices.

Alice Ferney a la faculté de disséquer le genre humain. Elle fouille dans la vie des gens et analyse avec précision et habileté les états d’âme et les sentiments des individus.

Dans « Cherchez la femme », elle met en scène la vie d’une famille sur plusieurs générations, en sept chapitres aux titres éloquents.

Fils de Nina,
La femme de sa vie,
L’épreuve des faits,
Coup de foudre inopportun
Les meilleures choses ont une fin
Refaire sa vie
Et la mort qui sépare

Elle s’attache à nous montrer combien le poids de l’héritage familial peut impacter une vie et peser sur son avenir.
La façon dont se comportent les parents avec les enfants qu’il s’agisse d’amour ou de désamour entraîne des conséquences dans la construction de la personnalité du futur adulte.  
Elle décrit encore avec une étonnante lucidité les séquelles dues à l’éducation que l’on reçoit, la difficulté de s’en extraire si tant est que l’on se rende vraiment compte des conséquences qu’elles entraînent.

Ce livre confirme  à nouveau cet incroyable talent d’introspection de l’humain, écrit avec élégance dans un style irréprochable.


mardi 20 août 2013

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson

Cet écrivain voyageur nous embarque dans sa retraite sur les rives du lac Baïkal où durant six mois, il a fui le monde  pour expérimenter une vie de solitude au cœur de la forêt Sibérienne dans une simple cabane en bois.
Avec ses chiens pour tout compagnon, quelques caisses de Vodka et la présence occasionnelle de mésanges et d’ours, Sylvain Tesson a vécu replié sur lui-même. Ce fut une véritable communion avec la nature puisqu’il lui a fallu pour survivre, tirer l’eau du fleuve, pécher pour se sustenter et couper du bois pour se chauffer. Ses journées ont défilé  au rythme  d’une horloge naturelle celle de l’aurore et du crépuscule. Riche d’une grande quantité de livres qu’il a fait suivre de France, il a passé la majorité de son temps, à la lecture de ces ouvrages pour comprendre le monde qui l’entoure.
Dans l’isolement de la Sibérie, Sylvain Tesson se livre à une introspection et se libère du superflu, loin de toute pollution mercantile, visuelle et sonore.
Il faut beaucoup de courage pour vivre un tel isolement. Je l’envierais presque si le projet ne me paraissait pas si fou. Quelques lecteurs ont rapporté que Tesson n’envoyait aucun message précis à travers ce livre mais seulement la description de son quotidien. Je pense, au contraire,  qu’il met en exergue la superficialité de nos vies, leur manque d’intérêt, notre urgence à tout vivre vite, à consommer à outrance et sans plaisir.
Peut-être voulait-il simplement nous amener à nous rappeler que l’essentiel n’est pas ce que nous croyons.
Un poète rêveur, un brin utopiste, dont la narration appelle à la méditation. Un livre que je lirai à nouveau avec plaisir.

Quelques extraits :

 « C’est fou ce que l’homme accapare l’attention de l’homme. La présence des autres affadit le monde. La solitude est cette conquête qui vous rend jouissance des choses. »
« L’éventail des choses à accomplir est réduit. Lire, tirer de l’eau, couper le bois, écrire et verser le thé deviennent des liturgies. En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse. »
« C’est le soir, il est 9 heures, je suis devant la fenêtre. Une lune timide cherche une âme sœur mais le ciel est vide. Moi qui sautais au cou de chaque seconde pour lui faire rendre gorge et en extraire le suc, j’apprends la contemplation. Le meilleur moyen pour se convertir au calme monastique est de s’y trouver contraint. S’assoir devant la fenêtre le thé à la main, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l’idée qui passe, la jeter sur le carnet de notes. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir. »
« A Paris, je ne m’étais jamais trop penché sur mes états intérieurs. Je ne trouvais pas la vie faite pour tenir les relevés sismographiques de l’âme. Ici, dans le silence aveugle, j’ai le temps de percevoir les nuances de ma tectonique propre. Une question se pose à l’ermite : peut-on se supporter soi-même ? »
« L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. »



samedi 10 août 2013

Le dîner de Herman KOCH


Aux Editions 10/18 
et aux Editions Belfond

Sordide…. C’est le premier mot qui m'est venu à l’esprit lorsque j’ai refermé ce livre. Une histoire qui dérange et dont les protagonistes aux personnalités troublantes indisposent le lecteur.
Herman Koch nous entraine dans un thriller psychologique au cours d’un dîner dans un restaurant branché d’Amsterdam. Deux frères aux tempéraments radicalement différents se donnent rendez-vous pour discuter du sort de leur progéniture. Si les conversations au début du dîner sont légères et sans consistance, celles de la fin sont moins anodines. L’issue est inéluctable,  il faut aborder le sujet qui a motivé ce dîner. Un drame… Un drame commis par leurs deux enfants.

L’auteur dévoile les turpitudes de ces deux familles, et le dîner devient  la scène de théâtre d’un déballage de mensonges, de mesquineries et de faux semblants sur leur vie et celle de leurs enfants.
Si Serge est rongé par l’ambition, Paul, ne l’est que par la violence latente qui couve chez lui. Ces deux frères que tout oppose  vont devoir composer pour sauver leurs fils respectifs d’un acte de violence, sans soupçonner un instant que le fils adoptif de Serge mène la danse à leur insu.
Paul  le cynique violent et Serge l’ambitieux  égoïste se retrouvent dans la même galère et pourtant leurs réactions  sont à l’imagine de leur personnalité : en parfaite opposition.

Cet ouvrage nous amène à nous interroger sur  ce que nous ferions pour protéger les nôtres contre l’opinion publique et la prison. Jusqu’où serions-nous capables d’aller pour sauver nos proches? Entre justice et amour que choisirions-nous ?

Beaucoup de noirceur dans ce livre. Noirceur et bassesse de l’homme. Une histoire qui fait froid dans le dos, mais qui mérite d’être lue. 

jeudi 18 juillet 2013

L'île des oubliés de Victoria Hislop

Aux Editions Les Escales et en  Livre de Poche


Alexis s’est toujours interrogée sur le silence de sa mère autour de sa famille et de ses origines. Si pendant des années elle fut confrontée à un refus catégorique de s’exprimer sur le sujet, aujourd’hui,  elle s’est mise en quête de la vérité. Alors qu’elle émet des doutes sur son propre avenir, Alexis décide lors d’un voyage en Grèce de terminer son périple par Plaka en Crête, berceau de sa famille maternelle, et  d’essayer de lever le voile sur le passé trouble qui l’entoure.  
Durant ce séjour et grâce aux souvenirs racontés par une vieille amie de la famille, elle comprendra enfin l’histoire de ces grands-parents et arrières grands-parents. Elle découvrira notamment le lien qu’il y eut  entre  eux et l’île de Spinalonga, petit bout de terre où les lépreux vivaient en reclus.
Victoria Hislop, décrit avec précision la vie des Crétois en général et celle des habitants de Spinalonga en particulier, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale. Elle évoque la frayeur et la honte que suscitait la lèpre auprès des habitants dont la méconnaissance des causes et des effets reléguait les lépreux dans l’oubli.
Pourtant leur vie continuait à Spinalonga. Une vie très organisée où les petits bonheurs de la communauté venaient égayer leur crainte de la mort, jusqu’à ce que les prémices d’un remède engendrent les premières lueurs d’espoirs et mettent définitivement fin à l’exil des malades.

L’île des oubliés, c’est avant tout une fresque familiale sur plusieurs générations dont la trame se joue entre Londres, Plaka et la petite île des bannis. C’est l’incontournable livre à acheter pendant les vacances. C’est celui qui vous embarquera dans une histoire rythmée que vous lirez d’une traite et que vous quitterez à regret.

mardi 2 juillet 2013

Suzanne aux yeux noirs



De Manon Moreau
Aux Editions Delphine Montalant


Résumé de l’éditeur :

C’est l’histoire d’un marin amoureux d’une Marie. Des Suzannes aux yeux noirs semées dans les jardins. Deux cent deux peupliers, la lumière de Brémeuse, une naissance dans la nuit.
C’est une histoire de sœurs, de fils, de pères, d’autre encore, Théodore, Gianna, Marcello, Céleste, Rachel, Samuel, Betty. Et Ondine, se souviendra-t-elle de la rivière ?

Mon humble avis :

Je ne suis habituellement pas une grande fanatique de nouvelles. Pourtant cette année c’est le deuxième recueil que je lis et tout comme le premier, celui-ci m’a beaucoup plu.
Suzanne aux yeux noirs c’est un livre de dix-huit histoires, des chroniques de la vie de tous les jours, sur des sujets variés, certains légers, d’autres plus graves. C’est d’une écriture pleine de sensibilité et de finesse que Marion Moreau rédige ces tranches de vies. Elle y parle d’amour, d’amitié, de rupture, de départ, d’enfants, de solitude, d’histoires de famille. On y trouve également des références aux rives de la Garonne, au mascaret, à une forêt de peupliers, le tout raconté de façon poétique afin que le lecteur se laisse emporter dans ses propres rêves.  


Mes préférences vont vers » Jaurès », » les limbes » et surtout « le bouquet » dont je vous livre deux courts extraits :

« C’est ainsi depuis vingt-trois ans. De bonne heure le matin de mon anniversaire on sonne à ma porte, j’ouvre, ce sont des fleurs, ses fleurs.
Vingt-trois ans, pas une année sans fleurs, et pourtant chaque fois je suis surprise, je me demande encore qui sonne à la porte, des fleurs pour moi, et de qui ? Le livreur hausse les épaules, quelle boutique, quel fleuriste alors vous envoie ? Le petit mot fixé par une fine épingle, là, madame, je ne peux pas vous en dire plus, enfin si, elles viennent de Montrouge.
Montrouge, bien sûr, Montrouge.
Je me souviens alors que c’est elle, ce bouquet, un gros bouquet rose et blanc, énorme et délicat, débordant. Elle a comme chaque année dévalisé le fleuriste, je la devine le matin même choisissant avec soin et autorité des brassées de roses, de freesias et de renoncules, du feuillage mais pas trop, débordant et discipliné, nous ne sommes pas à un paradoxe près.
Oui chaque année je suis surprise, je ne m’y habitue pas, toute cette délicatesse livrée chez moi de bon matin, comme une bouffée d’élégance et de mélancolie, des souvenirs déguisés en tiges, en pétales et en feuilles, c’est elle qui entre dans ma maison, c’est elle qui prend place dans mon salon, sur la petite table de brocante envahie par ce bouquet trop gros. Dans l’enveloppe, quelques mots de sa main : « je t’embrasse, bon anniversaire, pensées… » Peu de mots, juste de quoi m’assurer que c’est encore elle, le coup du bouquet. »

 « Pas une année elle ne m’a oubliée. Pas une année sans fleurs. Les montagnes peuvent s’écrouler dans la mer, tout, n’importe quoi, elle pense à moi, on sonne à la porte, c’est le matin, soudain j’ai vingt ans. Chaque année j’ai vingt ans.
Nous nous voyons de moins en moins. Une fois l’an peut-être. Si l’on compte le bouquet d’anniversaire, deux rendez-vous par an.
La dernière fois, une terrasse au soleil, en décapsulant la bouteille le serveur a lâché : c’est fou comme votre fille vous ressemble.
Que répondre à cela.
Je ne suis pas sa fille ?
Ce n’est pas ma mère ?
Elle a une belle-fille, une vraie, ravissante au bras de son fils.
Et je suis la belle-fille d’une autre femme.
C’est juste que nous ne sommes pas prévues dans le dictionnaire.
Une anomalie. Quelque chose qui ne se fait pas. Une douce folie.
Elle et moi.
Elle a levé les yeux vers le serveur. Lui a souri.
Oui, elle me ressemble, n’est-ce-pas ?
N’est-ce-pas. »